Comment définissez-vous le plan d'eau de Miami ?
C'est un peu particulier, à savoir une grande baie entourée d'îles partout, il y a beaucoup d'effets de sites, de côtes, du coup, c'est un plan d'eau techniquement assez compliqué, tactiquement aussi, parce tu es obligé de prendre des risques en espérant que ce que tu as fait va marcher. Tu ne peux pas trop naviguer en sécurité, en déroulant les fondamentaux de la régate, tu es obligé de prendre un minimum de risques, notamment au vent arrière, ce qui fait que tu n'es jamais sûr de pouvoir contrôler une course que tu as bien démarrée ou au contraire de bien revenir. Les écarts se font et se défont assez rapidement.

A cinq mois des jeux, comment abordez-vous la compétition ? Est-ce important de marquer les esprits ?
Nous, on ne raisonne pas vraiment en mois, mais plutôt en jours de navigation. En gros, il nous reste moins de trente jours de navigation avant la première manche des Jeux compte tenu de la logistique, ce qui est relativement peu. Du coup, c'est vrai que c'est assez important de marquer les esprits comme vous le dites. Mais on n'en fait pas un objectif prioritaire, on est plus dans un objectif de validation de tout le travail fait cet hiver au niveau de la modification de la coque, au niveau des voiles, des réglages, de la technique. Tout ce qu'on a fait surtout pour le petit temps, on va voir si ça marche quand même dans des conditions variées. Donc, on ne va pas aller chercher le titre, ça c'est à peu près sûr. S'il passe à portée de mains, on essaiera de le prendre, mais ce n'est pas une priorité absolue, on va déjà essayer de valider tout ce qu'on a à valider pour les Jeux.

Quels ont justement été les grands axes de votre travail hivernal ?
Il y avait trois axes. Le premier, c'était d'essayer de rendre notre matériel, qui était très polyvalent, un peu plus maniable, facile et agréable dans le petit temps. Donc on a travaillé sur la forme des coques, la quille, le safran. Après, il y avait tout ce qui tourne autour de la technique, à savoir notre facilité à discuter, à bouger dans le bateau, car c'est plus dur dans le petit temps. Cela comprend aussi les petits détails qui te donnent un petit avantage par rapport à l'adversaire. Le troisième point, c'est tout ce qui tourne autour de la communication, de la prise de la décision.

"Trois types de régate dans la même"

A quoi vous attendez-vous à Miami en terme de concurrence ?
Tout le monde est là, sans exception. Les onze déjà qui ont qualifié leur pays, plus ceux qui se sont qualifiés eux-mêmes, dont on fait partie. Il y aura en outre une douzaine de nations à prétendre aux quatre dernières places olympiques, qui vont donc se battre comme des chiffonniers. Et il y a enfin ceux qui, de toute façon, n'iront pas aux Jeux et vont donc jouer le Mondial à fond. On aura donc trois types de régates imbriquées dans la même. Il y en a qui sont très très stressés, d'autres comme nous où il y a un peu plus de relâchement, moins d'enjeu, ça donne des comportements assez croustillants.

Et après Miami, quel est votre programme ?
Après Miami, on envoie une partie du matériel directement en Chine, une autre fait un stop à san Diego, où on fait nos voiles, on va travailler là-bas sur les dernières mises au point des voiles. Ensuite on envoie tout ça en Chine et à partir du 15 juin, on aura deux sessions de quinze jours, sachant qu'il y a un déchet des jours de navigation possibles dû à la faiblesse du vent ou aux courants. Ce qui fait que sur un mois, on va naviguer dix jours, c'est un peu embêtant.

Le plan d'eau de Qingdao, c'est donc surtout du petit temps, comment vous situez-vous dans ces conditions ?
Il y aura effectivement une majorité de petit temps, moins de 6 noeuds de vent. Mais sur une période courte, ce qui sera notre cas car on aura six jours de régates pour jouer la Medal race et la médaille, on peut tomber sur ou du vent extrêmement faible ou du vent presque trop fort si un typhon passe par là. Donc, on n'a pas de certitudes. Nous, techniquement et matériellement, on s'est orientés un peu vers le petit temps, mais pas trop. En tout cas par rapport à d'autres équipages ou d'autres séries qui ont fait des paris beaucoup plus extrêmes vers le petit temps. Comme le plan d'eau est relativement ouvert avec beaucoup de prises de décision, on s'y sent relativement bien avec Pascal, ce sera à nous d'être bons, plutôt que d'être meilleurs que les adversaires. Je veux dire que si on arrive à mettre en place notre meilleur jeu, ça nous permettra de jouer une médaille, ça c'est sûr. Si on n'arrive pas à développer notre jeu, on se tuera nous-mêmes. Donc, on va essayer d'y aller relâchés, frais, du bon côté du stress. Pas du côté qui te tétanise et t'empêche de bien naviguer. On essaiera de rester zen et de bien naviguer le plus longtemps possible. Mais on y arrive souvent.

"J'ai du mal à toucher à l'emblème JO"

Cette pression, vous y êtes habitués, vous avez souvent été médaillés entre Mondiaux et Jeux, mais vous serez attendus au tournant en tant que leaders de l'équipe de France de voile, ça ne risque pas de vous inhiber ?
C'est sûr que ça apporte un peu de stress inhibant, mais quelque part, le plan d'eau va désinhiber tout ça. On n'est pas sur un plan d'eau où il faut vraiment maîtriser comme à Athènes avec des choses très simples qui marchent quasiment à chaque fois. Là, en Chine, c'est très joueur, on ne sait jamais trop ce qui va se passer. Du coup, la hiérarchie mondiale est vraiment remise en cause. Et puis, on navigue aussi contre des multiples médaillés alors que nous, on ne l'est qu'une fois (aux Jeux, ndlr). Dans le Top 5 ou 7 Mondial, on est presque les moins médaillés, ça nous remet à notre place.

Avez-vous le sentiment d'avoir progressé par rapport à Athènes et estimez-vous avoir atteint votre maximum dans votre fonctionnement ?
On n'est pas loin d'être au maximum. Déjà à l'époque, on était déjà au maximum de nos compétences. A chaque fois qu'on a mal régaté, c'est parce qu'on n'arrivait pas à se mettre en osmose entre Pascal, moi et le coach Daniel Dahon. Je pense qu'on a un tout petit peu augmenté notre culture voile, on a plus de connaissances et d'expérience en terme de technique, mais autant que les autres. Il n'y a pas vraiment de nouveaux qui ont débarqué en six mois, on est montés en même temps que le niveau général, je ne pense pas qu'on ait vraiment progressé intrinsèquement.

Un dernier mot à propos du passage de la flamme à Paris, comment avez-vous vécu les événements, même à distance ?
Je le vis un peu mal quand même. Ce n'est peut-être pas le mot, mais je suis un petit peu déçu. Quelque part, j'ai du mal à toucher à l'emblème JO, à cette notion de flamme, de lueur qui pour moi, devrait rester une petite lueur d'espoir de futur meilleur. Et toucher à un symbole assez fort est toujours délicat. Maintenant, en tant que sportif, je ne juge pas, le monde est ce qu'il est, géré comme il est par des gens que je ne côtois pas et que je ne touche pas. Mais sportivement, j'irai à fond, j'essaierai comme d'habitude de jouer ma petite carte émotionnelle personnelle, d'apporter ma petite pierre sur place, en discutant avec les gens, en essayant de voir comment ils vivent. Moi, j'aurais tendance à dire: ne touchons pas à l'événement, rendonsle le plus beau, le plus idéal possible, mais braquez le maximum de journalistes, de caméras,de projecteurs sur la Chine pour montrer qu'il y a de la misère, le non-respect des droits de l'homme