__ &v.com : Alors, cette renaissance ?__

XR & PAP : (De conserve, très surpris.) Renaissance ?! Ça alors !
XR : Non, on ne peut pas parler de renaissance parce que ce serait sous-entendre qu’il y a eu… mort ?! Il y a eu un changement énorme, oui. Pour moi, je parlerais même de retour au point de départ…
PAP : Oui, oui… Pour moi, il s’agit plutôt d’un redémarrage sur le projet Star. Jusqu’à maintenant, j’ai beaucoup navigué en solitaire et en équipage.
XR : Justement, c’est pour cette raison que cela peut marcher.
PAP : Mais, le double, je l’ai peu pratiqué, alors je n’ai pas vraiment de routine.
XR : Eh ! Quand je te vois fonctionner, je dirais presque que tu es déjà dans la routine. Certaines choses sont déjà automatisées…
PAP : Là, je nous vois déjà installés dans le type de relation que l’on trouve en équipage entre un barreur et son tacticien, tu vois, plutôt que dans la relation habituelle du double.
XR : Quand je suis passé en Star, en 2001, j’ai considéré ce bateau comme un gros solitaire. Et puis à l’époque, j’avais de nombreuses personnes ressource autour de moi : Marc Bouët, Philippe Michel, Philippe Gomez avaient une approche très «Gros bateau, match-race, conduite» qui étaient des choses que je ne connaissais pas… Et puis rapidement, c’est devenu «On fait du Finn». Même si Pascal Rambeau (son équipier de 2003 à 2008, ndlr) avait une expérience du triple et du double, cela restait quand même très proche dans la conduite, dans la façon de s’exprimer à bord… C’est ce qui explique mon sentiment de revenir maintenant à mon point de départ.

v&v.com : Le fonctionnement de votre équipage est-il devenu plus simple que celui que tu as connu auparavant, Xavier ?
XR : Je ne sais pas... Cela fait encore peu de temps que nous naviguons ensemble. Je pense que la jeunesse d’une association donne toujours une impression de facilité. Par ailleurs, on est revenus sur un fonctionnement basique de l’équipage, un peu à l’image de «C’est celui qui a la barre qui décide !» et j’arrive vachement mieux à m’exprimer. Il faudra ensuite trouver un équilibre intelligent, un peu comme avec Pascal, pour pallier les moments où ça coince… Sans forcément monter une usine à gaz, mais de manière à ce que cela fonctionne.
PAP : Tout à l’heure, j’ai dit que cela ressemble à un fonctionnement entre barreur et tacticien en équipage, mais ça ne l’est pas. Parce que c’est du double, donc il y a plein d’autres composantes techniques et je ne suis pas dans un schéma où je fais la tactique. On est dans un échange, on discute… On est dans une relation beaucoup plus resserrée que dans un équipage. Comme dit Xavier, il y a des points à travailler. Par exemple, l’intégration des raccourcis de langage que chacun utilise et les schémas tactiques personnels.
XR : Avant de se lancer dans le Star, on a d’abord testé notre association sur des épreuves de match-race. L’idée était de savoir qu’est-ce qu’on pouvait s’apporter l’un à l’autre. L’image du championnat de France de match-race à Pornichet est alors excellente : moi, j’avais mon petit périmètre, là. Ça tourne, ça matche, on fait avancer le bateau, le numéro un se débrouille comme il peut et PAP est comme une sorte d’électron libre. Simplement, il cadrait les choses. «Là, tu peux aller. Là, tu t’arrêtes.» On a eu de super résultats – quelques foirades aussi, normal – mais on a prouvé être capables de sortir un très haut niveau de jeu. C’est un peu à l’image de ce qui s’est passé à la SOF : même si on a pu manquer d’un peu de concurrence parfois, il est clair qu’à certains moments, personne ne pouvait nous inquiéter. Je suis hyper confiant… Et à la fois, un peu inquiet… D’ici aux Jeux, ça me semble très long encore.
PAP : Moi, je suis confiant. Je me place dans une logique professionnelle qui veut que je m’adapte à Xavier et me donne corps et âme pour atteindre notre objectif de performance. Je sais que c’est une méthode qui marche.

v&v.com : Comment s’organise votre préparation aujourd’hui ?
XR : On manque toujours de partenaires d’entraînement… Surtout qu’il est difficile pour l’heure de savoir quels équipages vont reprendre à plein temps… Côté financier, on pourrait s’en sortir en diminuant notre train de vie, en économisant en début de PO pour dégager plus de fonds dans les derniers mois avant les Jeux. Mais s’il faut s’aligner avec deux, trois ou quatre pays, il faudra trouver des solutions… Ça dépend de qui va revenir à temps complet. Pour l’instant, il n’y a aucun moyen de savoir. Scheidt, Negri, Kusznierewicz et Marazzi sont pour l’instant partis sur d’autres projets, des qui ramènent de l’argent, justement.
PAP : Ça va dépendre de la Coupe, aussi.
XR : Et puis on va travailler avec Bertrand Dumortier, maintenant. Moi, j’avais vraiment très envie de travailler avec Daniel Dahon en plus, qu’ils soient en binôme. Bertrand était plutôt d’accord, mais Daniel a pensé qu’il n’aurait pas sa place et a préféré refuser. Mais cela ne me perturbe pas plus que ça, parce que comme je te l’ai dit, en 2001 aussi j’étais parti avec quelqu’un d’autre… Et finalement, Daniel est revenu. Alors je suis loin de me sentir orphelin.